Les chroniques de Loly

Les chroniques de Loly

Les réseaux sociaux, reflet d’un nouveau comportement ?

Facebook, twitter, instagram, snapchat, whatsapp, tumblr…et sûrement d’autres que je ne connais pas, il y a pléthore de solutions pour se connecter à la planète en y déversant un peu de notre vie à chaque fois que l’envie s’en fait ressentir.

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Le principe des réseaux sociaux, c’est de connecter entre elles des personnes qui se connaissent, mais aussi et surtout celles qui ne se connaissent pas. Ainsi, des abonnés venus de tous pays, de tous horizons sociaux ou culturels, se croisent dans un joyeux bordel où l’on trouve tout et n’importe quoi. C’est plutôt sympathique, parce qu’on y fait des rencontres improbables qu’on n’aurait sûrement pas fait dans la vraie vie. Oui j’ai rarement l’occasion de rencontrer des bergers péruviens là où j’habite.

  

Généralement facebook est réservé aux amis, aux collègues, aux membres de la famille, aux amis des amis, et aux amis des amis des cousins des amis. Que des gens proches avec qui l’on partage nos instants les plus intimes : nos photos de vacances. Qui d’autre pourrait regarder cette photo de vous, en maillot de bain, sur les rochers de la plage de Ploumanach et commenter « Qu’est-ce que tu es canon ! Dès que tu as fini ton régime on se fait un resto ? ».

 

Twitter est plutôt ouvert aux gens qui nous ressemblent. Fans d’un artiste, amateurs de films tchèques, collectionneurs d’opercules de pot de yaourt ou adorateurs de la lune par temps de brouillard, Twitter rassemble ceux qui sont trop loin pour rejoindre une secte dont le siège social serait basé en Patagonie.

 

Instagram est un vivier de pseudo photographes plus ou moins doués à l’égo démesuré. Il ne suffit pas d’abuser de filtres et de reposter la photo d’un autre pour être pro, ou alors un pro de l’arnaque. Un peu comme Twitter, l’avantage d’insta, c’est de découvrir des paysages, des cultures, des coutumes et des personnes qu’on n’aura probablement jamais l’occasion de voir « en vrai ». L’occasion aussi de se dire qu’on habite une planète étonnante, riche de sa diversité, mais que nous, on n’est pas forcément né au bon endroit. Ouais, nous on habite en France. A Lille. Dans le Nord. Tandis que certains se réveillent tous les matins avec un paysage de rêve sous les yeux. C’est plus facile à admettre quand on le voit : la distribution n’est pas toujours juste, mais au moins on a un plus bel appareil photos que notre voisin tahitien.  

 

Quant à snapchat, que je n’utilise pas mais qui fait un carton le vendredi soir quand toute la famille est réunie autour d’un plateau de tapas, c’est peut-être le plus étrange de tous. Ces quelques secondes de notre vie que l’on offre avec générosité à nos contacts sont autant d’occasions de s’exhiber et de se lâcher, puisque cela est sensé être éphémère. Du coup on ose tout. Prendre des pauses improbables, drôles, insensées, inhabituelles, mais aussi sexy, provocantes, ou carrément sexuelles. Il faudrait rappeler à ces jeunes filles qui s’émoustillent à montrer leurs seins pendant huit secondes à leurs copains de lycée que la plupart des téléphones portables font des captures d’écran.

 

De même, d’une façon générale, ça serait cool de prévenir les gens que ce qui passe par les réseaux sociaux restent sur les réseaux sociaux. A vie. Et que votre ex-futur employeur potentiel n’a pas apprécié cette photo de vous avec un t-shirt arborant une énorme feuille de cannabis, ivre mort sur un banc du jardin public. Mais elle a fait 328 like.  

 

Evidemment la génération des 1990/2000 est née avec, alors étaler sa vie sur les réseaux, ça leur parait naturel. C’est sûr, c’est plus facile de communiquer maintenant avec un portable  qu’avec un minitel, mais c’était bien aussi avec un téléphone dont le fil était trop court pour se balader dans toute la maison avec, ou même avec ce drôle de truc qu’on appelle stylo et qu’on promenait sur une feuille, même que ça crissait un peu quand on tenait la plume trop droite. Tiens, c’était même encore plus sympa quand on se réunissait entre copains, le mercredi, après le foot ou la danse, et qu’on se marrait à 15 autour d’un Coca (mais avec 15 pailles).

Ok, il faut vivre avec son temps…et c’est bien parce que je suis une accro des réseaux que j’en parle aujourd’hui.

 

Et Dieu créa internet

Difficile pour moi de me passer de Twitter ou d’Instagram plusieurs jours de suite, ou j’ai l’impression de rater quelque chose. Mais quoi, ça je l’ignore. Je ne saurais dire pourquoi, mais il me semble avoir besoin de cette connexion avec ces gens que je ne connais pourtant pas, mes abonnés ou mes abonnements, peu importe du moment que le lien avec eux se maintient. Lien totalement illusoire et fragile, d’ailleurs il suffit de cliquer sur une icône pour le briser, et sur un autre pour rayer définitivement une personne de sa vie. Mais pas de sa mémoire. Je parle de la nôtre, mais celle du web aussi. Le principe de suivre, s’abonner, se désabonner, bloquer, favoriser serait-il une façon déguisée de se prendre pour un dieu ? En tout cas ça parait si facile de décider du destin de quelqu’un que ça doit apporter à certains quelques sentiments de puissance. Effrayant.

 J’avoue, la perte d’un abonné m’attriste et même me met en colère, parce que cela me remet en question : qu’ai-je fait (ou pas fait) pour ne plus mériter son attention ? Pourtant je n’ai aucun remord à en virer quelques uns, avec qui je n’interagis pas. Ainsi le nombre de followers déterminerait si nous sommes des gens bien et donc dignes d’être suivis ? Voilà un sujet intéressant pour une chanson, je me demande si Stromae serait partant.

 

Tweeter n’est pas jouer

J’ai 1547 abonnés, fêtons ça les gars !

Sauf que là, je suis dans mon lit, seule. Les parents regardent la télé dans le salon, mon petit frère joue à la xbox depuis 8 heures, et ma sœur prend des selfies dans sa chambre, à l’abri des regards, pour ne pas qu’on voit qu’elle met sa bouche en cul de poule et porte son soutien-gorge transparent.  J’ai 1547 copains qui étalent leur vie sur Twitter, comme moi, et ça me fout un seum pas possible de constater à quel point je m’ennuie. 18h00. J’irais bien voir Jessica, tiens. C’est quand même génial d’avoir sa meilleure amie comme voisine ! Oh putain j’ai la flemme. Je vais plutôt lui envoyer un snap et je mettrai en com « alone », comme ça elle comprendra qu’il faut qu’elle vienne en mp.

Fait chier, Jessica ne peut pas venir, elle est partie à l’anniversaire de Marie. Il parait que c’est la fille qui est juste devant nous, en cours de maths, j’vois même pas quelle tête elle a, faut que je regarde sur facebook.

Tiens, Yohann est connecté, ça tombe bien.

- Salut ça va ?

- Euh pardon mais t’es qui ? Non parce que j’ai perdu tous mes contacts à cause d’une mise à jour du coup, comme on ne s’est jamais parlé, tu peux me rappeler comment on se connait ?

 

 

Je continue ou ça ira ?

 

Au-delà des dérives que l’on connait (harcèlement, e-réputation, espionnage, incitations diverses – sexe, violence, extrémisme…), ce qui interpelle aussi, c’est ce sentiment d’appartenance à une communauté et d’être aimé à la mesure du nombre de nos abonnés, de pouvoir dévoiler des instants de vie privée, de rentrer dans l’intimité de personnes inconnues… alors qu’en réalité on est seul et isolé. Est-ce le reflet d’une nouvelle société, a priori ouverte au monde mais chacun enfermé dans sa bulle ? Un nouveau comportement qui consiste à se mettre à nu et aussitôt oublier parce qu’on considère que c’est sans importance si c’est éphémère ? Une nouvelle façon d’oser sans prendre de risques ? De créer un réseau sans jamais se toucher ?

 

Je me demande…est-ce qu’on peut continuer à faire des bébés de façon naturelle ou il faut les commander sur le net ?

 

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11/09/2015
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