Les chroniques de Loly

Les chroniques de Loly

De l'art de s'exprimer...

Je viens d’apprendre un nouveau mot.

 

L'alexithymie (du grec a : préfixe privatif, lexis signifiant « mot » et thymos signifiant « humeur ») désigne les difficultés dans l’expression verbale des émotions.

 

On n’est pas tous égaux devant la capacité à exprimer ses émotions. On a tous une façon différente de les gérer, alors lorsqu’il s’agit de les extérioriser… l’exercice peut prendre des formes diverses et surprenantes.

 

D’abord les hommes et les femmes s’expriment différemment, ça, ce n’est pas une nouveauté. D’une façon générale, l’homme s’exprime dans le geste, la femme plutôt dans les mots. L’histoire familiale, l’éducation, la société sont autant de facteurs environnementaux qui peuvent expliquer cette différence : ne dit-on pas aux petits garçons qu’ils ne doivent pas pleurer, sous peine de passer pour une fillette ? Difficile de leur demander d’exprimer leurs émotions après ça, si toute leur éducation se base sur des principes rigides, bien enfermés dans des cases étiquetées « mâle » ou « mal ».

 

 J’ai longtemps désespéré de trouver un homme romantique qui comblerait mes désirs auditifs de « je t’aime » et de « je me sens bien avec toi » susurrés à l’oreille, et j’ai mis un certain temps à comprendre que leur main sur mes fesses voulait dire « je me sens bien avec toi », mais exprimé à leur façon.  Mais face au mur que je suis, ils auraient difficilement pu faire autrement. Ah oui, parce que moi je suis alexithymique. Mais je me soigne. Et j’ai des méthodes diverses pour ça.

 

D’abord l’écriture. Elle me permet de mettre des mots sur des émotions que j’ai parfois du mal à déterminer. Ça ne vient pas forcément tout seul, alors j’écris tout ce qui me passe par la tête, jusqu’à ce que j’arrive au mot clé. C’est un exercice intéressant et libérateur, que je conseille à tous, même à ceux qui n’ont pas de mal à s’exprimer : il s’agit d’écrire un premier mot qui semble être son ressenti. Puis un deuxième, qui vient automatiquement après. Puis un troisième, qui découle du second, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’aucun mot ne puisse plus venir, parce que c’est là l’émotion la plus profonde qu’on ait pu sortir. Le résultat est souvent surprenant et révélateur, parce qu’il n’est pas souvent pas en rapport direct avec la toute première émotion qu’on a voulu exprimer, et pourtant… c’est en osant aller chercher loin dans ses tripes qu’on en ramène des sentiments enfouis qu’on avait oubliés, sciemment la plupart du temps, mais qui sont la clé de pas mal de questions.

 

Ensuite le sport. Le corps exprime des choses naturellement et sans que l’on s’en rende compte. Certaines expressions de la langue française collent parfaitement avec nos maux, pour peu qu’on soit attentif aux signaux que nous envoie notre corps. « En avoir plein le dos » est l’exemple typique. Utiliser cette expression doit vous mettre en alerte et vous permettre de vous recentrer sur ce que vous ressentez réellement et d‘identifier les émotions qui s’y rapportent. Le sport (la danse pour moi) peut vous permettre d’évacuer ça, en permettant au corps de l’exprimer librement et de façon très naturelle, car si notre cerveau a tendance à trop réfléchir, notre corps, lui, arrive heureusement à lâcher prise… une fois la petite dose d’adrénaline libérée. Faites-lui confiance. Il peut vous apprendre des choses sur vous-même que vous n’auriez pas soupçonnées. Et ça marche aussi avec l’Art en général. Le chant, la musique, la peinture, la sculpture, la photographie sont autant de moyens d’expression qui permettent de libérer pas mal de choses de façon certes un peu plus « déguisée » mais tout aussi libératrice.

 

Et se forcer à parler. Et ce n’est pas chose facile, mais si l’on a la chance de connaître une oreille attentive, il faut parfois savoir se jeter à l’eau. Ce n’est pas se mettre en danger que de montrer ce que l’on ressent. Ça, j’ai mis pas mal d’années à le comprendre… tout dépend de la personne qui reçoit les confidences. On hésite toujours à exprimer certaines émotions que l’on juge négatives, parce qu’on a peur de déranger, ou d’être jugé, mais dire qu’on ne va pas bien, que l’on est en colère ou déçue, ce n’est pas être faible ou se plaindre, c’est juste exprimer son ressenti. Evidemment certaines personnes s’en ficheront, et même n’écouteront pas. C’est parce que ce genre d’émotions fortes les renvoient à leurs propres sentiments, parfois violents, qu’ils ne savent pas gérer. Mais si l’on a auprès de soi une amie ou un chéri attentif, il ne faut jamais hésiter à dire ce que l’on ressent. Parce qu’il n’y a rien de pire que d’entendre une personne qu’on aime dire « je vais bien » alors qu’on sait que ce n’est pas le cas, mais aussi parce qu’une relation se base sur un échange et que d’exprimer ses émotions permet à l’autre de mieux nous comprendre, et d’éviter les mauvaises interprétations.

J’ai de la chance, Chéri n’a pas été élevé dans un cadre strict réservé aux mâles dominant (ce qui ne l’empêche pas d’être viril, hum, ça c’est lui qui m’a forcée à le préciser), et en plus il a un vrai don d’expression artistique au travers de la photo, du coup avec lui, je m’exprime. Beaucoup. Dans toutes circonstances. Ecriture, sport et bla bla, tout y passe. Ça n’a pas été si facile au début, j’avais peur que les voisins se plaignent (ne me jugez pas, ça aussi c’est de lui) et je n’osais pas dire certaines choses parce que j’avais l’impression de lui montrer mes faiblesses, mais le jour où pour la première fois que je lui ai dit « je t’aime » et qu’il m’a répondu « alléluia », j’ai eu comme un déclic…



20/02/2015
2 Poster un commentaire