Les chroniques de Loly

Les chroniques de Loly

Zoom sur... la série The Walking Dead

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C’est quoi ce bordel ?

 

Rick Grimes, shérif adjoint, se réveille après plusieurs mois de coma et dehors, c’est le chaos. Il n’y comprend rien, mais il trouve des dizaines de cadavres dans l’hôpital où il a été admis, dans les rues, dans les maisons. La population a disparu, et d’immondes créatures errent à la recherche de chair fraîche.  Ça ressemble bien à la fin du monde.

 

Alors c’est une série sur les zombies ?

 

Non, justement. D’ailleurs on les appelle « rôdeurs », « marcheurs », « mordeurs » ou « charognes », mais jamais zombies. Il fallait bien un décor pour le chaos mondial, alors ils font parfaitement l’affaire. Mais le principal n’est pas là. Il s’agit surtout d’organisation et de relations humaines. Autour de Rick va se former un groupe d’individus qui vont apprendre à  survivre avec plus ou moins d’habileté dans un monde où les besoins élémentaires ne sont plus assurés (eau courante, électricité, nourriture, soins…).

 

A partir de ce point, attention spoilers ! Pour info, tous les lieux et personnages ne seront pas cités ; seuls les faits les plus marquants à mon sens sont évoqués ici.

 

Micro-société, grosses personnalités – saisons 1 et 2

 

Les premières questions se posent, notamment sur l’organisation du groupe : comme dans n’importe quelle société, chacun joue son rôle selon ses propres désirs et compétences. Certains sont des leaders naturels, d’autres des leaders désignés par les autres, les autres sont des suiveurs. Dans le petit groupe où évolue Rick, chacun se démarque pour sa personnalité et, par conséquent, sa capacité à survivre. Quelques personnages sont d’ores et déjà marquants pour leur instinct de survie hors norme et leurs prédispositions à diriger et protéger le groupe. Rick et son ex coéquipier Shane, par leur métier (shérif), sont des leaders naturels. Mais quelle est leur motivation à prendre le leadership ? Shane le prend pour ce qu’il lui apporte (le pouvoir en lui-même), Rick l’accepte parce que le groupe lui donne. De ce fait, peut-il y avoir deux leaders dans un même groupe si leur vision de la situation est totalement opposée ? La réponse est bien évidemment non, et la mort de Shane va constituer un tournant dans la personnalité de Rick : pour protéger le groupe, il faudra désormais revoir ses convictions sur ce qui est acceptable ou non. Les règles de ce monde ont changé. Pourtant, de nouveaux personnages (la famille Greene) viennent encore bouleverser les certitudes de Rick : et s’il existait une autre solution que de tuer ? Les discours prennent une dimension plus philosophiques et mèlent aussi la religion, mais à petite dose. Par l’intermédiaire d’Herschel Greene, on n’oublie pas qu’avant d’être transformés, les rôdeurs étaient des êtres humains. C’est juste au cas où on l’aurait zappé. D’ailleurs, il y a encore de l’espoir dans ce monde brutal.  Lori attend un enfant et Glenn, du groupe de Rick, et Maggie Green pourraient bien être amoureux.

 

Fort Bennings et Woodbury : (R)Evolution – saisons 3 et 4

 

Au fil des expériences malheureuses avec les rôdeurs, les personnalités s’affirment. Carol, jusqu’alors inexistante et totalement soumise à la protection des autres, se montre beaucoup plus forte qu’on ne le pensait après la mort de sa fille. Daryl, qu’on a du mal à cerner parce qu’il vit en marge du groupe tout en étant dans le groupe, se révèle indispensable à son fonctionnement et à Rick, à qui il voue une grande loyauté. C’est un des personnages les plus complexes, sans doute celui qui a le plus de compétences en matière de survie parce qu’il survit depuis toujours dans un monde où il ne trouve pas sa place. Tuer du rôdeur est désormais devenu une routine qui ne pose plus aucun problème de conscience. Le personnage de Carl prend un virage surprenant. A mesure qu’il grandit dans ce monde perverti, on le sent de plus en plus décalé par rapport à son jeune âge. Il faut dire que tuer sa propre mère, ça n’arrange pas un mental déjà quelques peu perturbé par une situation anormale.  C’est la première fois que le groupe peut se poser dans un endroit a priori sûr, mais c’est sans compter le vice des scénaristes qui, bien évidemment, leur trouvent un ennemi à combattre : le Gouverneur. Un nouvel homme de pouvoir se dresse sur la route de Rick et c’est embarrassant parce qu’il est très affaibli depuis la mort de Lori. Un nouvel ordre se met en place, désormais c’est le groupe qui prend les décisions, pas un seul homme. Mais surtout on se rend compte que des individus peu scrupuleux ont profité du chaos pour s’élever au rang de dictateur. Tiens donc. La nature humaine serait-elle ainsi faite ?

 

Le Terminus : les vivants sont-ils plus dangereux que les morts ? – saison 5

 

Après l’attaque du Gouverneur les survivants sont dispersés. A peine ont-ils trouvé une nouvelle organisation qu’ils sont de nouveau séparés. C’est l’occasion de voir qui est capable de survivre en-dehors du groupe. Sans le savoir ils se dirigent tous vers un nouvel El Dorado, le Terminus, un lieu qui semble plein de promesses. Mais l’utopie est de courte durée. Le constat est sans appel : les vivants se révèlent parfois être plus dangereux que les morts. L’expérience est douloureuse pour tous, même si elle diffère. Rick est confronté à des cannibales, tandis que Carol se voit contrainte à tuer une enfant qui met en péril la survie de son propre petit groupe. Certains personnages font preuve d’une impressionnante loyauté envers Rick. Tyreese, qui oscille encore entre courage et renonciation, force sa nature pour protéger Judith, la fille de Rick. Quant à Carol, qui avait été bannie de la prison par Rick pour avoir tué des vivants (pour protéger le groupe d’une épidémie de grippe), elle ne peut se résoudre à les abandonner et les sauve d’une mort certaine au Terminus.

 

Alexandria : l’irréversible tournant ? – fin saison 5/saison 6

 

Le constat est navrant. Le groupe a enfin l’occasion de se (re)poser, mais ça n’est pas si facile. Daryl est incapable de profiter de l’accalmie, Sasha pète un plomb, Rick semble sombrer dans la psychose, et ce n’est pas mieux pour les autres qui ont peinent à trouver leur place dans cette nouvelle micro-société. Rien ne sera plus comme avant, mais est-ce souhaitable ? Le retour en arrière semble désormais impossible, pas parce que la vie a changé mais parce qu’ILS ont changé et que les habitants d’Alexandria, qui n’en ont pas conscience, pourraient les mener à leur perte. Mais le plus triste, c’est de réaliser que les relations privilégiées établies entre certains personnages (Daryl/Carol, Michonne/Carl) s’effondrent, comme si, finalement, elles n’avaient été qu’un besoin vital dû à l’environnement plus qu’un réel attachement. Heureusement on se doute que le chaos reviendra et que Rick prouvera qu’il avait raison. Encore.

 

L’âge de Raison : fin saison 6/début saison 7

 

Il est temps de réapprendre à vivre, et la vie en communauté n’est pas si facile. D’autres micro-sociétés ont vu le jour ailleurs. La Colline, Les Wolves, le Royaume, les Sauveurs. Ils ont tous pour objectif de vivre le mieux possible avec les moyens du bord, mais sûrement pas les mêmes méthodes. De curieux personnages apportent une touche presque poétique à l’ensemble, notamment Jesus et Ezequiel. L’évolution de deux personnages est surprenante : au fil des saisons, Rick Grimes se révèle de plus en plus conscient de la nécessité de tuer pour survivre, et pas seulement des rôdeurs. Après l’attaque des Wolfes à Alexandria, il est convaincu que pour protéger son groupe il devra non seulement tuer des vivants pour se défendre, mais aussi, si nécessaire, attaquer le premier. De défenseur il devient attaquant et assassin. Dans un même temps, Carol ressent un profond remord et commence à compter ses victimes. C’est comme si leurs convictions avaient joué aux vases communiquant. Le retour de Morgan, personnage croisé dans les saisons 1 et 4, vient contrebalancer la fureur de Rick. Morgan, c’est comme un Pokemon philosophe, et il n’a pas évolué au même stade que les autres.

 

Negan : le nouveau Parrain - saisons 7 et 8

 

Il fonctionne comme la mafia : d’abord il instaure la terreur, ensuite il propose sa protection contre de menus services (comme se faire massacrer et dire merci - rien de méchant). Negan est probablement la pire chose qui puisse arriver dans ce monde tordu. Là où d’autres en ont profité pour s’octroyer un pouvoir qu’ils n’avaient pas auparavant, lui se fout de la gloire mais révèle son vrai visage au grand jour : Negan est un psychopathe et il tire du plaisir à terroriser, torturer et tuer. Toute ressemblance avec une page de l’Histoire mondiale est totalement possible. Un rien mégalo (le monde est Negan), pratiquant un humour grinçant et un langage fleuri (à voir absolument en VO), Negan est l’archétype du méchant qu’on aime détester. Parce qu’il est grossier, dingue et séduisant à la fois, mais aussi parce qu’il bouleverse l’ordre établi. Faudrait pas que Rick et son groupe se reposent sur leurs lauriers, tout de même. Negan crée une nouvelle impulsion : il faut bien être au fond du trou pour ensuite remonter. Pour ça, il faudra tout de même passer par le meurtre de deux membres importants du groupe de Rick et par la torture de Daryl. Entre autres.

 

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L’Oscar de la plus belle évolution d’un personnage est attribué à…

 

 

…Carl. D’abord parce qu’il grandit au fil des saisons et que ça se voit forcément plus que chez les adultes (on passera sous silence le fait que le temps soit un facteur peu respecté dans la série), ensuite parce qu’il aura pratiquement vécu toute sa vie dans ce monde sans dessus dessous et que ça l’a un tantinet changé. Carl est un fils de. Et ça, ce n’est pas forcément cool. C’est même difficile à porter quand tout le groupe compte sur son père pour les sauver. Chaque décision peut être contestée, chaque erreur est impardonnable et source d’affrontements. Son père est un héros fragile et un modèle qu’il ne comprend pas toujours. Dans la saison 2, Carl adopte même un comportement presque malsain que sa mère Lori a du mal à temporiser. Il veut en découdre avec les rôdeurs, quitte à risquer sa vie. En saison 3, le pré-adolescent commet l’acte le plus atroce (mais nécessaire) qui soit : il est contraint d’achever sa mère qui n’a pas survécu à son accouchement. Puis il  se retrouve confronté à un père qui pète un plomb, en prise à des hallucinations et incapable de prendre des décisions pour le groupe. Pas étonnant qu’il grandisse à vue d’œil. A l’ombre de la figure paternelle qui en a pris un coup, il finit par se lier d’amitié avec Michonne, une nouvelle survivante, et se rapproche finalement de son père grâce à sa petite sœur Judith. Pourtant ce n’est toujours pas simple entre eux. Les non-dits leur pourrissent la vie même si Rick prouve à de nombreuses occasions qu’il est prêt à tout pour le protéger. L’arrivée à Alexandria est pour Carl la promesse d’une vie meilleure. Peut-être même d’une petite histoire d’amour, tant qu’à faire. Sauf que la vie n’est pas un long fleuve tranquille et qu’il a en lui toute la fureur de son jeune âge que Rick, lui, arrive à refouler devant la tyrannie de Negan. Il n’en fallait pas moins au Parrain pour déclencher en lui une curieuse sympathie pour ce garçon qui, d’après lui, a plus de couilles que son père et entretenir avec lui une relation plus qu’ambigüe.

 

Mes personnages préférés…

 

Je l’avoue, Daryl est mon personnage favori de la série. S’il y en a un qui peut survivre dans n’importe quelles conditions, c’est bien lui. Sous ses airs de péquenaud, Daryl Dixon était déjà un survivant bien avant que le virus ne détruise le monde. Il a l’air d’être un suiveur, dit amen à tout ce que déclare Rick, mais il se rend vite indispensable au groupe tout en restant en marge. Il faudra attendre que la jeune et gentille Beth Green fasse craquer le vernis pour comprendre ce qui se cache sous son armure. Et il y a un cœur qui accuse de profondes blessures sous son blouson de cuir. Loyauté, sensibilité, ruse, endurance, empathie, Daryl c’est tout ça à la fois. Qui l’eut cru ?

 

Carol Peletier avait tout de la femme soumise qui allait probablement se faire bouffer par le premier rôdeur qui passe. Que nenni. La perte de son mari aura été la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Paradoxalement, la mort de sa fille aussi. Endurcie au point de devenir une tueuse hors pair et une stratège de génie (elle sauve le groupe au Terminus puis contribue à sa victoire face aux Wolves à Alexandria), Carol va pourtant souvent douter, jusqu’à s’enfuir pour échapper à elle-même. Ce qu’elle est devenue l’insupporte. Mais sa loyauté envers sa famille (le groupe) est plus forte que tout et certaines rencontres font le reste (Morgan, Ezekiel).

 

Maggie Greene n’a rien non plus d’une guerrière, au début. Il faut dire que son père Herschel n’a rien fait pour enseigner comment survivre à ses filles. Sa rencontre avec Glenn va tout changer. D’abord parce qu’il est la promesse d’une sympatique amourette (et de sexe, à l’occasion), ensuite parce qu’il va définitivement changé sa vision du monde. En tombant amoureuse de Glenn, Maggie ouvre la voie à un espoir : ils symbolisent un possible renouveau. A deux on est plus fort, on va plus loin, on se porte, on survit pour soi mais aussi pour l’autre. De leur alliance va même naître (enfin presque) un futur bébé. Maggie Greene Rhee est une badass.

 

Rick Grimes… est un personnage complexe qui n’aura eu de cesse de me surprendre. Propulsé dans un monde qu’il ne comprend pas toujours, leader désigné, tour à tour adulé, contesté, malmené, éclairé, il passe par toutes les étapes possibles qui émergent de l’imagination débordante des scénatistes. Les circonstances modifient profondément son comportement et ses convictions, mais il garde sa ligne de conduite tout au long de la série : protéger son groupe, sa famille, et c’est bien sa vocation de base en tant que shérif. En tant que leader, c’est lui qui endosse tous les drames, toutes les pertes, et rien ne lui est épargné. Rick Grimes est un dur à cuire, mais ça ne l’empêche pas de faire des erreurs et après tant de tragédies il arrive encore à se remettre en question. En opposition au monde qui l’entoure, Rick Grimes est profondément humain.  

 

Loly



09/05/2018
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