Les chroniques de Loly

Les chroniques de Loly

Je crée donc je suis

De récentes conversations, l’une avec un écrivain dont le talent est mondialement reconnu, l’autre avec une jeune artiste (sculptrice) qui pense avoir tout à prouver, m’ont amenée à leur poser la question suivante : comment un artiste (quel que soit le domaine – je parle d’un créateur en général) peut-il trouver la force de dire je m’arrête là, mon œuvre est terminée ?

 

La réponse de l’écrivain est sans appel :

 

Le fait de revenir sans cesse sur son œuvre pour la modifier prouve que l’on veut s’améliorer en tant que créateur et en tant qu’individu. Si l’intention est louable, elle est aussi destructrice. La perfection n’existant pas, vouloir améliorer les choses peut s’avérer une tâche compliquée qui prend du temps et beaucoup d’énergie, et n’aboutira jamais à une totale satisfaction. C’est la perspective d’une nouvelle création qui permet de passer à autre chose.  

 

La jeune artiste n’a pas pu répondre. Elle ne peut pas modifier ses œuvres, une fois figées dans la matière, mais a tendance à les trouver nulles aujourd’hui, alors qu’elle les trouvait suffisamment satisfaisantes pour les exposer au moment où elle les a finalisées.

 

La jeune femme m’explique que si le public ne se déplace pas en masse pour admirer ses œuvres, c’est qu’elles ne sont pas dignes d’être admirées, même si les professionnels affirment qu’elle est douée. Ainsi l’avis du public serait plus pertinent que celui des professionnels et déterminerait la valeur de l’œuvre ? « Plus pertinent, peut-être pas, mais c’est bien le public qui se déplace, qui en parle, et qui achète », m’a-t-elle répondu. Certes, mais nous ne sommes donc plus dans un jugement de valeur de l’œuvre ou de l’artiste, mais dans une optique commerciale et financière. C’est légitime, mais ça n’a rien à voir avec le talent. Et puis il y a des tas de raisons pour lesquelles une expo, un livre, un album, un film, ne fonctionne pas, à commencer par une mauvaise promo. C’est la dure loi du commerce et de la communication, donc toujours rien à voir avec les aptitudes artistiques.

 

Il me semble que la capacité à créer quelque chose n’est pas donnée à tout le monde, et que celui qui le peut devrait être fier de lui. Ne pas l’être ne prouve pas que l’on n’ait pas de talent mais juste que l’on manque d’estime de soi et de confiance.

 

Pour créer il faut avoir une idée, une émotion, mais savoir ensuite la transformer, la réaliser, la traduire, et ça, le commun des mortels ne le peut pas. C’est pour ça que l’artiste est exceptionnel, pas parce qu’il vend beaucoup.

 

Evidemment, j’imagine qu’il est plus facile d’avoir confiance en soi lorsque l’avenir est assuré par des professionnels qui investissent sur vos futures productions, et nous sommes loin d’imaginer toutes les étapes qu’il faut franchir avant d’exposer, de publier, de projeter (en gros le parcours du combattant mais dans la boue des intérêts financiers), mais il me semble primordial d’être fier de ce que l’on fait (et de ce que l’on est) pour se construire en tant qu’individu avant de se réaliser en tant qu’artiste.

 

C’est le parcours de la personne qui fait d’elle l’artiste, pas le contraire.

 

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17/09/2015
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