les ailes du désir, les chroniques de Loly

les ailes du désir, les chroniques de Loly

J'ai lu Entre deux mondes d'Olivier Norek

Un jour j’ai entendu Jean-Louis Fournier dire que les artistes (il cite musiciens, photographes, écrivains..), en nous provoquant des émotions, étaient les garants de l’Humanité et qu’au-travers de leur œuvre ils avaient ce pouvoir immense de rendre un événement, une personne, ou un simple moment éternels.

 

Je vais m’incliner deux fois devant l’artiste qu’est Olivier Norek : la première fois comme une excuse, un besoin d’humilité et de regret face aux atrocités qu’on ne veut pas voir. La seconde fois devant la capacité de l’auteur à nous montrer l’impensable, et à y trouver l’humanité là où les démons pensent qu’il n’y en a plus.

 

 

Ce que j’ai aimé dans Entre deux mondes

 

 

J’ai retrouvé dans ce dernier opus la construction puzzle que j’affectionne particulièrement chez lui : cette façon d’imbriquer deux histoires qui semblent n’avoir aucun rapport, même si la jonction paraît rapidement évidente (contrairement à ses romans précédents). Ici se croisent deux êtres en souffrance que tout oppose, du moins en apparence, car ils sont mûs par la même fureur de vivre, un besoin de survie.

 

Côté personnages, je suis ravie d’avoir délaissé le capitaine Coste. Je l’aime beaucoup, mais sortir de sa zone de confort c’est toujours intéressant. Un challenge pour l’auteur qui doit imposer un nouveau regard au lecteur. Les relations qui se nouent entre Bastien et Adam, comme celle entre Adam et Kilani sont tout simplement bouleversantes par leur fragilité, oscillant entre l’intime conviction et la retenue.

 

Le décor est un personnage à part entière. Comme la cité dans Code 93, comme la prison dans Surtensions. Ici c’est la jungle de Calais qui y est décrite comme un sas entre l’horreur de la guerre (en Syrie) et la promesse d’une terre d’accueil (l’Angleterre). Un no man’s land où tous les crimes sont permis, et si le terme jungle n’est qu’une déformation linguistique, ce sont bien des fauves qui y règnent.

 

J’ai retrouvé la même sensation d’excitation mêlée au stress pendant ma lecture, vous savez, cette envie d’en savoir plus tout en devinant que la suite va vous exploser en pleine figure et vous donner la nausée… Olivier Norek nous a prévenus, il n’a rien inventé. Vous les entendez les hurlements dans votre tête, ceux qui vous disent Oh ! Réveille-toi, c’est vrai et ça se passe à côté de chez toi ! ?

 

Olivier Norek signe là une œuvre très différente des autres, et si je n’ai pas écrit roman, c’est justement parce que j’ai plus la sensation d’un travail journalistique que de celui d’un romancier. S’il nous a habitués à aborder de vrais sujets sociétaux sous couvert d’enquête policière aux côtés du capitaine Coste, ici le récit, finalement, passe au second plan. Restent les faits, bouleversants, choquants, écoeurants. Difficile de sortir indemne d’une telle lecture.

 

Loly 

 

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10/11/2017
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