les ailes du désir, les chroniques de Loly

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Zoom sur... Olivier Norek

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Olivier Norek a 41 ans et déjà un parcours étonnant. Très tôt, il est porté par l’envie de se rendre utile, et part en mission humanitaire avec Pharmaciens sans frontières en Guyane, puis en Croatie. Deux ans plus tard, c’est la Police qu’il intégre en tant que gardien de la paix. Quelques échelons plus tard, on le retrouve lieutenant à la PJ de Seine-Saint-Denis avec ce même besoin de se mettre au service de la population et de préserver, malgré les difficultés, un regard humain sur ce qui l’entoure.

 

Il publie un premier roman, Code 93, puis Territoires et nous entraîne dans les cités du 93, au cœur d’une violence urbaine banalisée, dévoilant au passage les manipulations criminelles du milieu politique et financier, dénonçant la connivence de certains élus avec les caïds de banlieue.

 

Aujourd’hui Olivier Norek publie son troisième roman, Surtensions (Michel Lafon), et les premières critiques sont dithyrambiques. Il faut dire que l’auteur a un atout de taille : il possède une vision intérieure, réaliste, celle du flic de terrain qui a vu et vécu, sans jamais se départir de son humanité. 

 

 

Mon avis sur SURTENSIONS 

Dès les premières pages il nous plonge dans un univers carcéral glauque et ultra violent. On se doutait bien que les prisons n’étaient pas des havres de paix, mais rien ne nous avait préparés à ça non plus. C’est très étrange - mais brillant - cette capacité à trouver de l’humanité là où il y en a a priori le moins et pourtant, Olivier Norek réussit à décrire les faits en neutre spectateur d’une déchéance annoncée.

 

Puis il nous plonge dans la vie de la cité, et finalement, elle n’est pas si loin de l’asphyxie provoquée par la taule, gangrénée par les trafics et des fantômes en mal de vivre. C’est dans cet univers que le Capitaine Victor Coste tente de trouver l’oxygène nécessaire à la survie de l’espèce « flic expérimenté mais homme avant tout ». Flanqué de son équipe, il se retrouve au cœur d’une affaire sordide et j’avoue avoir torturé mes méninges pour qu’elles m’expliquent où se trouvait le point d’encrage entre les deux premières parties du roman. Ce sont deux histoires distinctes que l’auteur semble vouloir nous décrire, et à cet instant du récit je me demande encore comment les deux vont s’imbriquer.

 

BOUM. La troisième partie met en route l’engrenage et tout s’emboîte avec précision, jusqu’à ce que l’on comprenne que Monsieur aime mettre le doigt dedans pour tout faire foirer et nous réembarquer ailleurs. Si les brigands menaient des opérations chiadées et sans faille, ça ne serait pas drôle, et Olivier Norek n’aurait pas l’occasion de nous expliquer, au passage, quelques trucs de flic (et ceux des délinquants aussi, d’ailleurs !) qui nous permettent de nous sentir au cœur de l’enquête.

 

Olivier Norek fait plus qu’écrire. Grâce à son expérience du terrain il retranscrit la vie dans sa vérité la plus tranchante, sans concession et sans fioritures inutiles. Vous l’aurez compris, j’aime le style percutant, sans bla bla, et pourtant, à y regarder de plus près, il aime semer quelques pavés récupérés sur le chemin de l’Enfer, histoire que l’on ne s’endorme pas sur nos lauriers : c’est un roman, certes, mais il y a la réalité derrière, et elle n’est pas vraiment jolie.

 

Mention spéciale : si l’image du flic vieillissant, usé jusqu’à la corde à force de voir l’impensable, blasé par la vie qui ne l’aura pas épargné après un divorce, la perte d’un proche ou une relation paternelle difficile, a été maintes fois utilisée et prouve – presque – à chaque fois son efficacité, je suis heureuse d’avoir trouvé en Victor Coste un homme avant un flic. La preuve qu’il n’est pas nécessaire de faire vivre à son personnage les pires épreuves pour le rendre attachant aux yeux des lecteurs. Et quoi qu’il en soit ce n’est pas lui le héros, mais bien l’histoire. 

 

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Rencontré à l’occasion d’une séance de dédicaces, Olivier Norek a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je n’ai pas voulu abuser, ni de son temps ni de celui des personnes qui attendaient après moi, ce sera donc une mini interview mais je le remercie vivement d’avoir été si disponible et enthousiaste.

 

Pensez-vous que vous seriez devenu écrivain si vous aviez évolué dans un milieu professionnel différent ? Si oui, vous seriez-vous aussi tourné vers le polar ?

 

Non, c’est bien parce que je suis flic que j’ai eu envie de raconter ce que je vivais par le biais mon métier. J’ai commencé à écrire en participant à un concours de nouvelles. Lorsque les organisateurs m’ont contacté pour m’annoncer que ma nouvelle avait été primée, ils ont été surpris de constater que j’étais un homme. Ils avaient trouvé mon écriture sensible et féminine. D’une nouvelle sentimentale je suis passé à l’écriture d’un polar, la preuve que cela n’a rien d’incompatible ! 

 

Vous dites que le sentiment d’être utile est quelque chose d’important pour vous, que c’est un moteur [Il précise « c’est plus qu’important, c’est primordial ! »].  Vous avez eu un parcours professionnel dans lequel l’utilité est effectivement une évidente constante (missions humanitaires, Police…). Comment définiriez-vous la notion d’utilité chez l’écrivain ? [note à moi-même : j’aurais dû lui parler d’Homer Wells]

 

Mes livres sont des alibis. J’y parle de faits socio-politiques qui ne seraient pas très attractifs pour les lecteurs s’ils étaient décrits tels quels. En les intégrant à une histoire policière, ils sont plus accessibles et mine de rien, j’amène les lecteurs à une réflexion sur des sujets graves tels que les manipulations politiques ou financières, la guerre de territoires, les migrants. Voilà où est l’utilité de l’écrivain, à mon sens.   

 

Il me semble que Code 93 sera bientôt adapté à la télévision. Après l’accueil mitigé du public pour la série « Glacé », adaptée du roman de Bernard Minier et diffusée sur M6, vous ne craignez pas que les téléspectateurs vous boudent ?

 

Lorsque l'on confie son œuvre à un réalisateur, c’est comme confier son bébé à une tierce personne. On espère qu’il va en prendre soin, mais ça ne dépend plus vraiment de nous. Si le réalisateur a bien compris l’esprit qu’on a voulu insuffler à son livre, alors c’est gagné, sinon cela peut être compliqué, en effet. Mais je crois vraiment qu’il faut considérer cela comme deux expériences distinctes, l’une littéraire et l’autre télévisuelle, et qu’il ne faut pas chercher à les comparer. Ce sont deux approches différentes. 

 

 

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03/03/2017
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