les ailes du désir, les chroniques de Loly

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Série Glacé sur M6 : la comparaison avec le roman est compliquée…

L’ambiance y est, appesantie par les Pyrénées et son atmosphère étouffante. C’est l’avantage sur le roman de Bernard Minier à qui beaucoup de lecteurs ont reproché de trop longues descriptions : une image parle vite et bien.

 

Mais…

 

Le montage est nerveux et privilégie des séquences et plans assez courts. Associé à une musique souvent stressante, il aurait pu contribuer à mettre le téléspectateur dans un climat de tension. Hélas, un montage énergique ne suffit pas s’il met en scène une intrigue poussive. Je n’ai pas compris. Comment un tel récit a-t-il pu être ainsi transformé ?  

 

 

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Les personnages

D’abord Martin Servaz. Dans le roman, il est un peu cliché, c’est vrai ; la comparaison avec le Franck Sharko de Thilliez est même facile. Flic entre deux âges, un peu vieille école, malmené par quelques drames, tourmenté, dévoué corps et âme à son métier jusqu’à en crever, mais l’esprit vif et le geste élégant. Le choix de Charles Berling m’a paru très judicieux lorsqu’il a été révélé. J’adore cet acteur qui, à mon sens, a su faire d’excellents choix de carrière. Cependant, j’ai trouvé que le côté vieillissant et fatigué de Servaz était trop accentué. Il a quarante ans, merde ! Il n’est pas question d’en faire un flic glamour, mais il a tout de même un charisme que je n’ai pas retrouvé dans le Servaz de la série. De plus, même si le personnage du roman peut sembler un peu caricatural à force de citer des locutions latines et de citer Mahler, il s’avère que son admiration pour le compositeur est un lien avec Hirtmann, lui-même érudit.

 

Parlons-en de Hirtmann. Mais que lui est-il arrivé ? D’abord j’ai eu du mal à comprendre le lien qui unissait les deux hommes dans la série. Allons donc, Hirtmann est donc devenu ancien ami intime de Servaz (je ne suis même pas sûre d’avoir bien compris, en fait) ?! Mais où sont passées les joutes verbales avec cet homme d’une grande intelligence, cultivé, et élégant (oui, on peut être tueur en série et élégant) ? Si Pascal Greggory a « la gueule » d’un serial killer, on ne peut pas dire que son personnage à l’écran respire l’intelligence et l’érudition. D’un personnage intriguant, et même fascinant, véritable cauchemar pour Servaz, nous passons à un pâle prisonnier dont on veut nous faire croire qu’il tire toutes les ficelles alors qu’il n’a pas la prestance qui va avec. Invraisemblable.

 

Quant à Julia Piaton, que j’ai découverte dans la série Le secret d’Elise, dans laquelle je l’avais trouvée excellente, elle me laisse perplexe. Si c’est ainsi que sont nos gendarmes français, je suis inquiète. J’irais presque jusqu’à dire, puisque le réalisateur a pris pas mal de libertés par rapport au roman, que son rôle aurait pu être zappé tant il manque de consistance.  

 

Nina Meurisse, alias Diane Berg, restera le plus grand mystère de cette série. Autant son personnage dans le roman est intriguant, non pas pour ce qu’elle apporte mais plutôt parce qu’à la fin, on se demande toujours ce qu’elle venait faire là, ici elle est au cœur d’une intrigue parallèle qui la lie à Hirtmann. Et là je ne peux pas m’empêcher de penser que si le réalisateur ne s’était pas dispersé sur cette seconde affaire qui, finalement, n’a pas grand intérêt si ce n’est de semer un peu plus de confusion, il aurait se concentrer d’avantage sur l’intrigue principale.

 

L’intrigue

Comme indiqué plus haut, les clés du récit de Bernard Minier sont ici survolées, et, à part le fait que les hommes ciblés aient fêté le nouvel an ensemble, on ne comprend pas bien le lien qui les unit, beaucoup plus détaillé dans le livre. Au final, on nous balance l’affaire des suicidés au détour d’un dialogue, en cours de série, comme si ce n’était qu’un détail banal alors que c’est le cœur de l’histoire. Etrange.

 

Le personnage d’Eric Lombard étant mis de côté, on oublie vite le cheval ailé, à se demander pourquoi on a sacrifié cette pauvre bête parce que ça n’apporte absolument rien, le réalisateur oubliant carrément de nous éclairer sur les raisons de ce geste barbare. Oublié aussi l’ADN d’Hirtmann découvert sur les lieux du crime, à la fin de la série on ne sait toujours pas comment il s’est retrouvé là et surtout pour quelle raison.

 

Avec une affaire parallèle, celle de Diane/Hélène et de sa sœur Fabienne, la dernière victime de Hirtmann, le récit se disperse et se perd. Au final, on ne sait plus tout à fait qui est qui, et qui a fait quoi. Bref, l’épreuve est rude pour les lecteurs du roman.

Les interventions téléphoniques de Charlène Espérandieu, ainsi que les brèves apparitions de son mari Vincent, acolyte de Servaz à Toulouse, n’ont été pour moi que des parasites inutiles.  

 

Et que dire de la fin ? Ridicule.

 

Faut-il regarder la série Glacé (en replay, du coup) ?

Je dirais oui à ceux qui n’ont pas lu le roman, et un immense non à ceux qui l’ont fait. Trop de libertés ont été prises par le réalisateur pour que cette série soit appréciée et même comprise par les lecteurs de Bernard Minier. A moins d’une gymnastique intellectuelle capable de vous faire oublier tout ce que vous avez lu, la série souffrira d’une comparaison sans concession avec le roman.   

 



25/01/2017
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