les ailes du désir, les chroniques de Loly

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Lecture... Les Dissemblables de Nicole Ambourg

Définition « dissemblable » (source Larousse) : qui n’est pas semblable, différent.

 

Le sujet est délicat : le cancer. Mais on est prévenus dès la première phrase : on ne tombera pas dans le larmoyant, au contraire. Dans le cynique ? Sûrement. Dans le féroce ? Ça, oui.

 

Parce que la vie est féroce parfois, et qu’elle nous colle des épreuves bien plus difficiles que dans les émissions de téléréalité, alors il faut s’armer pour l’affronter. Pour ça on puise au fond de soi, au fond des autres s’il y en a, au fond de quelque chose qui nous raccroche à ce qu’on est, même si on ne l’est plus tout à fait.

 

 

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On pourrait s’arrêter à un témoignage, poignant certes, mais déjà lu, entendu, murmuré plutôt, parce que, quand même, on ne parle pas trop du cancer, ce monstre qui fait si peur, on ne sait jamais.

 

On pourrait croire que c’est une occasion d’énumérer les conséquences de la maladie au quotidien, et de mettre à jour tout ce qu’on ne dit pas habituellement, cette liste du Père Chimio qui gratte jusqu’au sang nos idées préconçues et finalement très limitées sur le cancer. Perte des cheveux, prise de poids, fatigue, ça tout le monde connait. On parle moins des dommages collatéraux sur la vie familiale, amoureuse, sexuelle, professionnelle, sans parler de l’aspect financier puisqu’en dehors de la thérapie en elle-même, tout le monde sait que le bien-être, c’est du luxe.   

 

On pourrait même penser que c’est une complainte qui vise un corps médical qui n’a que faire du sentiment. Quand la tumeur va, tout va.

 

Sauf que c’est tout sauf ça. Avec des mots parfois crus mais justes, Nicole Ambourg nous plonge la tête dans la réalité du cancer : elle nous montre sa cicatrice avec honnêteté et dignité. Cette absence d’une partie d’elle qui fait désormais partie d’elle, est-ce une dissemblance ou au contraire une appartenance ?

 

Ponctué de paragraphes qui racontent le quotidien de bénévoles œuvrant auprès de jeunes prostituées, le récit prend une tournure inattendue et plus complexe qu’il n’y paraissait au début. On peut être un peu déstabilisé par ces interruptions de trafic, car le texte de trame se lit avec fluidité, d’une traite. C’est un parti pris d’avoir entrelacé les deux routes pour en arriver à une destination finale : une rencontre avec des jeunes transsexuels.

 

Définition « transsexualisme » (ou « transsexualité » - source Larousse) : trouble de la sexualité dans lequel le sujet a le sentiment que son corps n’a pas de concordance avec son sexe psychologique.

 

Et le parallèle est bouleversant : d’un côté une femme à qui l’on a ôté une partie de son corps, haute symbolique de la féminité, d’un autre des êtres coincés dans un corps qui ne leur semble pas être le leur. La première ne semble pas être affectée par la perte de cette chair, par ailleurs contaminée, les autres paraissent s’adapter à cette farce qui les a placés dans un carcan corporel et social. Le chamboulement est bien là pourtant, porté par un regard extérieur et un jugement permanents.

 

Au final, et heureusement, le regard sur le corps en tant qu’hôte pour être humain doté de sentiments, d’émotions, d’intelligence, de sensibilité, nous amène, sans complaisance mais avec beaucoup de justesse à redéfinir les genres en un seul et unique : l’humain.

 

Ce fut une très belle lecture. On s’attache vite à la narratrice qui écrit sans fard, en toute sincérité et cela se sent. L’humour est parfois caustique, en tout cas omniprésent. Je ne peux qu’approuver ce choix tactique. Sans pour autant sous-estimer son ennemi, on gagne souvent des batailles psychologiques en les tournant à la dérision.

 

Si l’on ne comprend pas de suite le parallèle entre elle et ses futures rencontres, celui-ci se révèle aussi surprenant que profondément sensible et humain. Une belle réussite pour un thème plutôt casse-gueule, surtout lorsqu’il est décrit de façon aussi réaliste.  

 

J’ai juste un sérieux doute sur la nécessité de la baseline de librinova « le livre qui donne envie d’avoir un cancer du sein ». Définitivement, non.

 

 

 

book-902.jpg  Les dissemblables de Nicole Ambourg – disponible sur librinova.com – 2,99 € en version numérique



03/05/2016
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