les ailes du désir, les chroniques de Loly

les ailes du désir, les chroniques de Loly

Sommes-nous des pervers ?

 

Grande fan de Franck Thilliez, j’ai souvent frissonné à l’idée que si l’auteur avait pu imaginer de telles horreurs, notamment dans le mode opératoire de ses tueurs, c’est que d’autres, quelque part, pratiquaient réellement les mêmes abominations.

 

Dans certains de ses romans, par exemple dans Train d’enfer pour ange rouge, son tout premier roman (mon préféré), Thilliez nous plonge dans l’univers du darknet et nous montre les dérives les plus sordides du web. Sur la toile « parallèle » se croisent des pervers du monde entier : ceux qui commettent les crimes les plus odieux, mais aussi ceux qui les regardent. Mais finalement, nous, lecteurs, qui dévorons ce genre d’histoire, ne sommes-nous pas nous aussi des voyeurs (et du coup des pervers) ?

 

Alors qu’est-ce qui nous attire dans ces ignobles histoires de meurtre, de viol, de torture ?

 

 

 

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Sommes-nous des pervers ?

  

Par la lecture on a la possibilité de voir sans être vu. Rien de plus anonyme que de toucher l’horreur en lisant un roman. Est-ce du pur voyeurisme ?  C’est facile de se dédouaner en se disant qu’après tout, ce n’est qu’un livre, pas la réalité…

 

Il y a aussi la possibilité de voir l’interdit. Un individu parfaitement intégré à la société, avec des valeurs quasi universelles qui permettent de faire la différence entre le Bien et le Mal, sait parfaitement qu’il existe des perversions qui mènent à des actes odieux qui ne rentrent pas dans son code de valeurs. Lire un thriller permet de contourner les interdits moraux et d’accéder à ce qui est hors des valeurs élémentaires. C’est un moyen de transgresser l’interdit, et finalement la seule chose qui nous différencie d’un voyeur qui se nourrit de  réelles tortures via le darknet, c’est le passage à l’acte (mais c’est essentiel !).

 

 

Mais… (heureusement il y a un « mais »)

 

Lorsque vous étiez enfant, n’aviez-vous pas envie de pousser la porte de cette pièce dont on vous interdisait l’entrée ? Transgresser les règles, regarder dans le trou de la serrure, c’est se fixer ses propres limites et faire l’apprentissage de ce qu’on peut faire et ne pas faire. Après tout, le concept du Bien et du Mal, ça s’apprend comme n’importe quelle notion fondamentale. D’ailleurs la plupart des pédopsychiatres vous diront qu’il est bon pour un enfant de lire des histoires qui font peur, que ça les aide à grandir en prenant conscience de leur propre situation (en sécurité) et de la notion de Bien et de Mal.  

 

Et pour aller plus loin, il s’avère que la science a prouvé que ce qui provoque la douleur (physique et morale), déclenche aussi du plaisir, simplement parce que physiologiquement, les deux sont indissociables.

 

 

 

Donc…

  

  • Etre témoin, au-travers d’un récit, d’une situation exceptionnelle (un meurtre par exemple), nous rappelle aussi que nous, nous sommes dans une situation habituelle et surtout hors de danger. Se faire peur, oui, mais en toute sécurité.

 

  • Lire des horreurs n’empêche pas de faire la différence entre le Bien et le Mal.

 

  • En opposant le « normal » (notre situation habituelle) à « l’anormal » (un meurtre par exemple), nous créons un véritable lien social : nous nous sentons appartenir à une même identité qui lutte contre le Mal, justement parce qu’il nous fait peur.

 

  • Notre cerveau est programmé pour associer douleur/peur et plaisir.

 

Bref…

 

A moins d’être atteint d’une véritable pathologie, et là c’est autre chose, vous n’allez pas devenir un tueur en série à lire Franck Thilliez, Maxime Chattam ou Bernard Minier. OUF ! Mais ça risque de vous donner des idées la prochaine fois que votre voisin vous énerve. 



22/09/2016
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