les ailes du désir, les chroniques de Loly

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Japon : une nouvelle façon d'aimer

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Les Japonais les appellent « dutch wives ». Je me demande ce qu’en pensent les Néerlandais. Véritable phénomène de société, ces poupées de silicone hyper réalistes, qui peuvent atteindre le prix exorbitant de 10 000 € (en moyenne 4 000 €) envahissent les canapés des Japonais esseulés, quand ce n’est pas leur lit. Une poupée gonflable dernière génération, me direz-vous. Un objet sexuel ultra perfectionné.

 

C’est bien plus que ça, car l’usage dépasse largement le cadre du sexe.

 

Considérée par son propriétaire comme une personne à part entière, la poupée siliconée endosse le rôle de petite amie, épouse, confidente, et il n’est pas rare de croiser la jolie demoiselle dans une scène quotidienne de la maison, lisant sur le canapé, préparant à manger ou sortant de la douche… Les japonais l’avouent facilement : ils ont développé pour leur poupée de réels sentiments.

 

Et certains jeunes Japonais vont même plus loin…

 

… car le prix d’une telle poupée n’est pas accessible à tous, alors un autre phénomène se répand de plus en plus : le coussin. Les « dakimakuras » sont des coussins de grande taille (1,50 m environ), à l’origine destinés à l’usage orthopédique, aujourd’hui détourné en objet sexuel plutôt surprenant. Recouvert d’une housse représentant une héroïne manga, le coussin devient alors une compagne pour le jeune Japonais qui l’emporte partout : en balade, dans le métro, et même au travail. Si les poupées de silicone ne sont pas aujourd’hui totalement assumées par leur propriétaire à la vue de tous, les coussins, en revanche, sont sortis et montrés en toute quiétude.

 

 

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Vu dans L’effet papillon, le magazine de Canal+ : interrogé sur la raison pour laquelle il possède un coussin à l’effigie de son personnage de manga préféré, un jeune étudiant répond « Elle est belle, docile, toujours gentille avec moi. » Elle (il ? le coussin ?) est devenu sa « waifu », comprenez sa petite amie imaginaire, et il précise que sa future vraie petite amie, s’il en a une, devra accepter sa relation avec son dakimakura.

 

A l’origine, le terme « Okatu » désignait les fans de manga. Aujourd’hui il est surtout utilisé pour désigner les personnes qui recherchent l’amour dans les mondes virtuels. Pourtant, les Japonais l’assurent, c’est de l’amour, du vrai. Ils parlent de partage, de sentiments.

 

Loin de l’image glamour de la Geisha…

 

Pour nous, Occidentaux, c’est un phénomène qui nous dépasse, et même nous fait rire. C’est si difficile d’imaginer un monde où la relation réelle, physique, intellectuelle, spirituelle, charnelle, n’existe pas. Mais n’oublions pas que le Japon est aujourd’hui encore fortement marqué par la politique de l’enfant unique, de rigueur jusqu’en 2015 même si elle a été progressivement assouplie. N’oublions pas que le contrôle des naissances, imposé par les autorités chinoises, s’est accompagné, à ses débuts, d’avortements et de stérilisations forcées. De quoi radicalement changer sa vision de l’amour et de la procréation qui en découle….

 

Il faut savoir aussi qu’au pays du soleil levant, le rythme n’est pas tout à fait le même que chez nous. Il n’est pas rare qu’un Japonais quitte son travail à 3h00 du matin pour y revenir dès 07h00… Difficile, dans ce cas, de consacrer du temps à chercher l’amour. De plus, les mariages arrangés sont encore habituels : ce sont les parents qui choisissent, et tant pis si les tourtereaux ne s’aiment pas, ils devront cohabiter quand même.

 

On comprend mieux, tout à coup, pourquoi les Japonais se sentent si seuls qu’ils ont besoin de trouver le réconfort auprès d’un objet auquel ils prêtent vie, non ? Plus qu’un objet sexuel, la poupée et le coussin deviennent thérapeutiques.

 

Alors on peut trouver ça malsain, bizarre, marrant ou triste, peu importe. Le fait est que c’est la réalité d’une société tristement esseulée. La conséquence de tout ça ? Le Japon est le pays où la natalité est la plus faible. Ce n’est pas sûrement pas dû exclusivement aux amours virtuelles, mais bien à un changement global de comportement et d’intégration à la société.

 

Perso je fais partie de la catégorie « je trouve ça triste ».   

 

Loly 



23/03/2017
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