les ailes du désir, les chroniques de Loly

les ailes du désir, les chroniques de Loly

Bienvenue chez les naturistes

Le panneau indicateur, à l’entrée de la plage, l’annonce clairement : ici c’est naturiste. On gravit donc les marches qui mènent aux « culs-nus » (dixit les locaux) en toute connaissance de cause.

 

La plage naturiste d’Hossegor accueille deux écoles de surf et une cabane où l’on déguste boissons fraîches et beignets. Elle est surveillée par de beaux sauveteurs bronzés, et de nombreuses familles viennent y passer la journée. Par soucis de discrétion et par respect pour ces familles qui viennent avec de jeunes enfants, les naturistes s’éloignent de la zone de baignade surveillée pour étaler leur serviette un peu plus loin. Ils bronzent en toute tranquillité, bouquinent, discutent, et les éventuels voyeurs sont très vite invités à aller voir au Cap d’Agde. La plupart des naturistes sont des retraités, et la moyenne d’âge, selon moi, frôle les 60 ans (il y a quand même quelques « jeunes »).

 

 

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Il règne ici une ambiance très sereine. Personne ne regarde les autres naturistes lorsqu’ils se déshabillent. Personne ne détaille grossièrement le nombre de bourrelets de son voisin, caché derrière des lunettes noires. Personne ne juge ou se moque. Les naturistes sont tous là pour la même chose : être tranquilles.

 

Et pourtant…

 

« Regarde, une baleine échouée ! », « Quand on est gros comme ça, on devrait se cacher ! », « Ah c’est écoeurant ! », « Dégueulasse, un mec à poil ! Je vais faire des cauchemars ! »… c’est le genre d’insultes que les naturistes entendent à longueur de journée. Et ces injures sont systématiquement prononcées par de jeunes adultes qui, malgré l’avertissement à l’entrée de la plage et la possibilité de rester parmi les « textiles », viennent planter leur parasol et leur arrogance au beau milieu des baleines à poil.

 

Alors, voyeurisme non assumé ? Méchanceté ? Peur d’y voir le reflet de son propre devenir … ? La plupart des insultants sont des femmes, entre 20 et 30 ans, une silhouette  parfaite, mais sont-elles si bien dans leur corps (et leur tête) pour réagir si mal face à la nudité ? Confrontée moi aussi au regard des autres, je n’ai jamais autant souffert du dédain imposé par ces filles qui fixent lourdement mes cicatrices. Serions-nous vraiment des monstres ou juste un miroir dérangeant de ce qui peut arriver, l’image d’une possibilité qu’on préfère ne pas voir ?

 

Et un jour, un groupe de jeunes hommes arriva…

 

… et dès leur installation, j’ai entendu les rires. Pas moqueurs, ceux-là. Des rires d’embarras. Une gêne immense et palpable lorsqu’ils se sont déshabillés. Corps parfaits, musclés, jeunes. Parfaits si l’on excepte cette drôle de démarquation entre le torse et les cuisses, d’un blanc éclatant. Des rires encore, lorsqu’ils se sont regardés, chacun se débattant avec sa serviette pour tenter de preserver encore un peu d’intimité avant le grand saut dans le vide. Ces jeunes là m’ont émue, allez savoir pourquoi. « ça fait bizarre », « C’est cool en fait », « On aurait dû essayer plus tôt ! ». Essayer. C’est toute la différence. Se mettre à nu, au sens propre comme au sens figuré, c’est toujours une épreuve qui demande non pas du courage mais du respect, seul chemin vers la tolérance.  

 

Loly 



24/08/2017
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